Langues

Les français sont-ils nuls en langues étrangères ?

Il y a un mythe, une idée reçue qui colle à la peau des Français c’est qu’on serait nuls en langues étrangères. La question que je veux vous poser c’est : « est-ce que cela est réellement vrai ? ».

Est-ce que les Français sont nuls en langues étrangères ?

Déjà, si on commence à dire que les Français sont nuls en langues étrangères, ça veut dire qu’ils ont zéro capacité en langue étrangère. Puisque « nul = 0 ». Donc ça voudrait dire qu’ils n’ont ni la capacité de comprendre ni de s’exprimer en langue étrangère.

Je voulais partager avec vous deux informations qui vont contredire ce fait, cette idée reçue, ce mythe comme quoi on serait vraiment nuls en langues étrangères :

La première information, c’est un classement qui a été fait qu’ils s’appellent EF EPI 2020, je vous mets le lien dans la description. Comme ça vous pourrez aller voir par vous-même, et ce classement, en fait, il évalue la compétence en anglais de 100 pays dans le monde. Et la France, elle se classe 28e sur 100. Donc elle est aussi classée dans la catégorie des pays avec une compétence en anglais élevée. Ils estiment dans cette étude qu’on a un niveau élevé en anglais, qu’on a un bon niveau en anglais, donc on est plutôt bien classés. Certes on n’est pas classé numéro 1 comme les Pays-Bas . Mais on reste quand même bien classés. Et notamment mieux placés que nos voisins Italiens où nos voisins Espagnols puisque l’Italie est dans 30e position et l’Espagne en 34e position.

Information numéro deux que je voulais partager avec vous, c’est le nombre de bilingues en France. Attention ça va vous étonner ! On ne le croit pas, on n’y pense pas, on pense justement qu’en France on a vraiment cette auto-prophétie, cette idée que on n’est pas doué avec les langues étrangères et qu’il y a peu de gens qui en parlent plusieurs, eh bien détrompez-vous puisqu’en France il y a 13 millions de bilingues. Et oui, il y a 20% de la population qui parle une langue, donc le français et une langue étrangère ou plusieurs langues qu’il y a sur le territoire.

Il faut savoir qu’en France on a 400 langues présentes sur notre territoire, parlées sur notre territoire c’est énorme, et 20 % de notre population qui parle donc au moins deux langues. C’est énorme et donc ces deux chiffres, ces deux informations : le classement en langue anglaise et le nombre de bilingues viennent complètement contredire ce que je vous disais sur le mythe qui est qu’on est nuls en langues étrangères.

Que disent les études sur notre niveau en langues étrangères ?

Je voulais aussi vous parler d’une autre étude, celle le CNESCO, c’est le Conseil national d’évaluation du système scolaire. Et donc ils ont fait une étude sur les langues étrangères à l’école et ils ont rendu public un rapport en mars 2019. Les chercheurs ont fait 4 constatations.

La première constatation, c’est que 50 % des français disent ne pas maîtriser une langue étrangère. Ouais ! La moitié des français disent qu’ils ne maîtrisent pas une langue étrangère. C’est énorme, sachant qu’on sait qu’il y a 20% de la population qui est bilingue et qu’on sait qu’on est un des pays où on parle le mieux anglais. On est quand même dans la tranche haute des pays qui parle le mieux anglais. C’est quand même très surprenant d’avoir une population – la moitié d’une population – qui dit qu’elle ne parle pas, qu’elle ne maîtrise pas une langue étrangère.

Du coup les chercheurs se sont un petit peu interrogés et se sont demandés d’où ça venait. En fait ça vient d’un phénomène typiquement français, enfin très très français en tout cas : la dévalorisation. C’est à dire que, même si on a des capacités en langue étrangère, même si on comprend pas ou qu’on parle la langue étrangère, eh bien on va pas dire qu’on maîtrise une langue étrangère. C’est dû notamment à la vision du bilinguisme. Je vous renvoie sur ma vidéo que je vous avez fait sur le bilinguisme où je vous explique un petit peu tout ça.

Et donc on a une vision du bilinguisme où il faudrait parler parfaitement la langue, ne pas commettre d’erreurs et parler comme les gens du pays. Donc c’est pour ça qu’on dit qu’on ne parle pas, qu’on ne maîtrise pas une langue étrangère, alors qu’au fond c’est un peu faux. Voilà pour la constatation numéro un.

La constatation numéro deux, c’est qu’on est plutôt doués à l’écrit. Ils se sont aperçus par les études, par l’évaluation, par la recherche qu’ils ont fait pour cette étude, qu’en fait on allait plutôt des bonnes compétences en compréhension de l’écrit. Traditionnellement en France, on a un enseignement qui se tourne vers l’écrit. C’est vrai qu’on a plus eu tendance à faire de l’étude de textes, de la compréhension de texte, que de l’oral.

Et en plus on a une culture pédagogique (pour toutes les matières à l’école) tournée vers l’écrit. C’est à dire que tout ce qu’on apprend passe par l’écrit. Il y a d’autres pays qui ont une culture plutôt tournée vers l’oral. Où rien ne passe à l’écrit mais tout est oral. Mais nous on a vraiment une culture pédagogique qui est de l’écrit. Et ça se ressent même dans les langues. La méthode d’enseignement des langues qui est plutôt tournée vers l’écrit. Ce qui explique pourquoi au final on est plutôt bon à l’écrit.

Et si on regarde d’ailleurs les épreuves du baccalauréat en langue étrangère eh bien c’est seulement en 2013 que l’oral devient systématique. Je vais vous mettre un document du gouvernement, de l’Éducation Nationale qui montre bien ce passage pour chaque filière des évaluations traditionnellement écrites, sauf la LV2, et depuis 2013 intègrent l’oral de manière systématique. Mais ça reste récent, c’est à dire que traditionnellement donc, c’était l’écrit surtout qui prévalait.

Donc la constatation numéro 3 qu’ils ont fait, c’est qu’en fait eh bien on a quand même des difficultés à l’oral. Et c’est sûrement pour ça qu’on se dévalorise. Je m’explique. Les situations dans lesquelles on va avoir besoin de la langue étrangère, ça va être les situations où on voyage on rencontre des étrangers. Où je sais pas, on va à une conférence par exemple pour le travail, donc on a besoin de la langue orale. Et nous, traditionnellement, par l’enseignement des langues, c’est pas ce qu’on maîtrise le mieux. Donc on va se sentir nul et donc on va se dévaloriser. Et on va dire : « en fait je parle pas la langue, je comprend pas la langue, je ne maîtrise pas la langue ». Alors que c’est pas vrai et que c’est plutôt qu’on a une faiblesse à l’oral.

Pourquoi on a une faiblesse à l’oral en langues étrangères ?

Donc ça, ils expliquent qu’il y a deux raisons de pourquoi est-ce qu’on a cette faiblesse à l’oral. Donc la raison numéro 1, bah elle rejoint un petit peu la méthode d’enseignement. C’est à dire que, bah déjà je vous le redis, c’est la vision du bilinguisme. n a une vision beaucoup trop perfectionniste de la maîtrise d’une langue, on pense que il faut parler parfaitement, comme la personne du pays, sans commettre aucune erreur.

Et ensuite c’est vraiment le statut de l’erreur. C’est à dire que dans une salle de classe, commettre d’erreurs c’est vraiment la pire chose qui arrive. D’ailleurs, quand vous posez une question, il n’y a pas beaucoup de mains qui se lèvent pour participer. Et c’est parce qu’en fait, il y a une double pression qu’on se met quand on apprend une langue. On se dit : « ok si je parle cette langue, il faut que la parle comme les gens du pays, comme le locuteur natif. Et en plus, il faut que j’y arrive du premier coup parce qu’il faut surtout pas que je me plante. »

Donc là cette double pression c’est vraiment un frein total à l’apprentissage des langues étrangères. Le processus naturel l’apprentissage c’est « je prends le risque, j’essaie, je me trompe, je rectifie, soit j’arrive soit je me retrompe et ensuite, je finis par apprendre. » Mais dans tous les cas, l’erreur c’est une étape nécessaire à l’apprentissage. Sauf qu’en France elle est pas rendue, elle est pas rendue normale. Elle est crainte cette erreur alors qu’elle devrait pas. Et du coup on n’est pas très bon à l’oral parce qu’on n’ose pas parler au final.

La raison numéro 2 de pourquoi est-ce qu’on a des difficultés à l’oral ? C’est parce qu’on n’est pas beaucoup exposés ou en tout cas pas assez exposés aux langues étrangères. C’est vrai qu’on n’a pas beaucoup, on n’a pas assez d’opportunités pour comprendre ou pour parler une langue étrangère.

Ça, c’est culturel (voir ma vidéo sur l’histoire du français). Ça vient de la révolution, ça vient de l’idée que en France, c’est ce qu’on appelle l’idée jacobine. C’est l’idée que la France, c’est une nation un état donc une langue. Et du coup, ça aussi c’est le monolinguisme supposé de la France. C’est un frein au plurilinguisme, c’est un frein à l’apprentissage des langues étrangères. On n’entend pas autant de langues étrangères qu’on devrait pour pouvoir acquérir ces langues. Il y a une sorte de protection du français aussi ce qui fait qu’on laisse moins de place aux langues étrangères.

C’est en train de changer avec internet, puisque maintenant on peut créer des échanges virtuels. On peut beaucoup plus facilement parler avec des natifs dans notre pays. Donc d’une autre langue et on peut aussi regarder des séries, avoir accès à des médias dans une langue étrangère. Internet est venu bouleverser ça. Mais pareil assez récemment. Et c’est pas non plus encore ancré dans nos habitudes quotidiennes que de s’exposer soi-même à une langue étrangère. Alors qu’on sait très bien que pour maîtriser une langue étrangère il faut l’apprentissage formel. Donc ça c’est ce qui se fait dans une salle de cours ou avec un prof. Mais il faut aussi l’acquisition, l’exposition naturelle à la langue.

C’est la deuxième raison de pourquoi on a des difficultés à l’oral, c’est qu’on s’expose pas assez à la langue. Ensuite ils font une quatrième constatation, c’est qu’on n’est pas très très bien classés dans les classements européens en termes de langues étrangères.

L’école, les langues et nos voisins ?

Et ça, la raison numéro 1 qu’ils donnent à cela. C’est qu’en France on a été très tardifs à introduire les langues étrangères dans le primaire. Nous on a commencé à introduire les langues étrangères dans le primaire dans les années 2000. Si on prend des pays comme la Suède, la Norvège ou le Danemark, ils ont introduit les langues étrangères dans le primaire dans les années 60. Donc on a vraiment un décalage de 40 ans. Bon c’est en train de charger, pareil. Depuis 2016 en France on a imposé la LV1 dès le CP et la LV2 dès la 5e. Donc le cheminement se fait. Mais on a du retard par rapport à les pays qui sont dans les hauts du classement.

La deuxième raison qu’ils donnent à ça, c’est depuis 2016 ce sont les profs des écoles qui peuvent enseigner une langue. Alors qu’ils n’ont pas forcément un parcours en langues étrangères ! Et du coup ils sont pas forcément très à l’aise pour enseigner une langue. Ils savent pas forcément comment s’y prendre. Ainsi, ça donne des enseignements assez peu qualitatifs. Ils sont dans ce qu’on appelle une insécurité pédagogique, c’est-à-dire qu’ils sont pas maintenant sûrs de ce qu’ils enseignent. Donc ça c’est pas forcément non plus favorable pour l’apprentissage des langues étrangères. Voilà pour ce qui est des infos que je voulais vous donner. Donc pour répondre à la question est-ce que les français sont nuls en langues étrangères ? Vous avez compris mon point de vue : absolument pas !

Il faut retenir qu’on est plutôt bons. On est plutôt bien classés pour la langue anglaise, qu’il y a beaucoup de bilingues dans notre pays. On est quand même assez bons, assez doués pour tout ce qui est compréhension de l’écrit. Certes on a des difficultés à l’oral, mais c’est en train de changer petit à petit.

Donc on a du retard mais on est sur la bonne voie. Et donc je vous interdis de dire que vous êtes nuls dans une langue étrangère. Donc voilà pour ce qui était de la vidéo d’aujourd’hui. Si vous l’avez des réactions des commentaires n’hésitez pas ! Je serai ravie de vous lire. Moi je vous dis merci et à bientôt !

Traduire de 00 :00 à 13 :15min

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