Témoignages

Blandine, prof de FLE en Croatie

Blandine a 28 ans et elle vit actuellement à Muel, en Bretagne. Son expérience en tant qu’enseignante de Français Langue Étrangère à Zagreb est très riche, c’est pourquoi, j’ai décidé de recueillir son témoignage. (témoignage d’août 2022)

Quel est ton parcours académique et professionnel ?

Après mon Bac littéraire, j’ai fait une licence Langue Littérature et Civilisation Étrangère et régionale en espagnol, à Rennes. Pendant celui-ci, j’ai fait 1 an d’ERASMUS à Saragosse en Espagne. Ensuite, j’ai fait un master de Français Langue Étrangère.

J’ai travaillé dans une usine agroalimentaire pendant les périodes estivales séparant mes années de licence.  Ayant redoublé mon année de Master 1, je suis allée faire du “Wwoofing” 2 semaines en Irlande, pour travailler dans le jardin d’une famille qui m’accueillait contre le gîte et le couvert, puis j’ai été fille au pair pendant 1 mois, même si l’expérience ne s’est pas bien passée. Suite à cela, j’ai de nouveau travaillé en usine, en reprenant la matière que j’avais mis de côté l’année précédente.

Ma carrière d’enseignante a commencé durant le master. J’ai fait plusieurs stages de professionnalisation : un stage d’observation au lycée La Providence de Montauban de Bretagne et 3 semaines au CLPS à Rennes pendant le master 1, puis 3 mois à l’Alliance Française de Rybinsk, en Russie, durant le master 2. J’ai aussi donné des cours au laboratoire de phonétique du CIREFE, à l’université Rennes 2, durant 2 semestres, lorsque j’étudiais le master.

 Une fois mon master validé, j’ai été embauchée par la Fondation Franco-Hongroise pour la Jeunesse et suis allée enseigner à Pápa, en Hongrie, durant 1 an. Je travaillais au lycée protestant de Pápa et enseignais à des lycéens de la 9e à la 12e (équivalent 3e à Terminale en France). C’était une expérience très intéressante, nous avions beaucoup de formations organisées à Budapest et tous les lecteurs ont eu l’opportunité d’être habilités au DELF.

Pourquoi souhaitais-tu enseigner le français en Croatie ?

Après la Hongrie, je voulais changer de public et j’ai répondu à l’offre d’emploi postée par l’Institut Français de Croatie pour Zadar, à l’université. Je trouvais le poste intéressant, mais il était déjà pris. La recruteuse m’a donc proposé le poste de Zagreb, en précisant que c’était un public enfants et adolescents. J’ai accepté le poste car je voulais me confronter à un nouveau public et j’aime le challenge que cela représente.

Je n’avais pas de vues particulières sur ce pays. J’ai l’habitude de postuler pour les offres qui m’intéressent le plus, puis d’accepter la première réponse qui arrive. C’est une façon pour moi de prendre la voie qui m’est offerte par le destin, c’est un peu bizarre mais jusqu’à maintenant, ça a fonctionné 🙂

Où travailles-tu ? Quelle est la nature de ton contrat ? Quelles sont les conditions de travail ?

Je travaille à Zagreb, dans 7 écoles différentes, à beaucoup d’âges et niveaux très différents. J’ai un contrat local de 1 an, renouvelable 2 fois maximum, avec 18 heures d’enseignement par semaine.

Le contrat précise que le lecteur doit se concentrer sur la communication orale et qu’il ne peut jamais être seul dans la classe avec les élèves. Du coup, le poste est un peu particulier car les enseignantes assistent aux cours du lecteur, mais c’est pour pallier les problèmes de langue et maintenir la discipline dans la classe. En réalité, les collègues sont là en cas de problème grave et préparent leurs cours ou corrigent les examens pendant que je mène la classe. Certaines prennent des notes pour intégrer mes cours aux leurs et interroger les élèves, car le contrat stipule que je ne peux pas noter les élèves moi-même.

A côté de cela, avoir plusieurs écoles implique beaucoup de transports. Je peux avoir jusqu’à 3 écoles par jour, qui sont à environ 40mn de transports chacunes. Dû au nombre de classes, je voyais les classes de français langue première une fois par semaine et les autres une fois toutes les deux semaines. Le poste a un peu changé d’ailleurs. Nous avions d’abord sept écoles durant toute l’année, donc toutes les classes une fois toutes les 2 semaines.  Cependant, nous avons pu changer cela pour avoir 4 ou 5 écoles par semestre, donc 3 écoles fixes et 2 qui changeaient d’un semestre à l’autre, ce qui a aidé à améliorer le poste. A partir de là, les temps de transports ont été diminués et j’ai pu commencer à mettre des projets en route avec les classes que je voyais une fois par semaine.

Cette nouvelle organisation a aussi permis de regrouper les niveaux : au premier semestre, de la 5e à la terminale et au deuxième, du jardin d’enfant à la 7e. Mon organisation de préparation de cours s’en est trouvée facilitée et je n’avais plus à jongler entre des niveaux très différents les uns des autres.

Le contrat stipule aussi que nous devons proposer des ateliers aux professeurs de français du pays, en proposant des activités novatrices pour l’enseignement du FLE, ou participer activement sur le site IF profs Croatie, que l’institut a mis en place en 2020. C’était une partie très intéressante car cela permettait de se confronter à un nouvel exercice, à savoir la formation pour adultes, tout en essayant de toujours trouver de nouvelles idées pour enseigner.

A quel public enseignes-tu ? As-tu une préférence ?

J’enseigne à des niveaux et âges très différents, du jardin d’enfants (2 ans) à la terminale (18 ans). J’ai aimé le fait d’avoir tous ces niveaux dans ce poste car  ils demandent tous un travail très différent et cela m’a permis de m’habituer à travailler avec beaucoup d’âges et niveaux, donc à montrer mes capacités d’adaptation.

J’avais peu de préparation matérielle pour les petites classes, étant donné qu’ils débutent avec la lecture et l’écriture. Nous faisions donc beaucoup de jeux et d’activités orales, pour leur donner envie de s’amuser avec le français. Cela demandait cependant d’être présent à 200% lors de l’animation de la classe.
Pour les grandes classes, c’était l’inverse. Beaucoup de préparation et de recherches pour pouvoir répondre à toutes leurs questions, mais une fois l’activité lancée, c’étaient eux qui travaillaient et j’étais là pour diriger, donner la parole et compléter leurs réponses.

Le point commun est que j’ai beaucoup utilisé les jeux, peu importe l’âge, afin de favoriser la communication orale et la spontanéité de l’utilisation de la langue. Mon but était que les élèves s’amusent et sortent de la classe avec le sourire, afin de leur donner envie de revenir.

Comment c’est d’être prof en Croatie ? Avantages et inconvénients ?

Je dirais que c’est intense au début. Il faut apprendre à jongler entre les classes, les niveaux, les écoles, les collègues… J’y ai perdu beaucoup d’énergie quand je suis arrivée. Puis l’organisation se met en place, on apprend à connaître les collègues, à savoir ce qu’elles attendent d’un lecteur, avec des demandes différentes d’une collègue à l’autre. Mais le plus difficile est de ne pas beaucoup voir les élèves, donc de ne pas pouvoir se souvenir de tous les noms. En effet, en ayant plus de 40 classes à l’année, il est impossible de se souvenir du nom de chaque élève. Cela déshumanise le poste, j’avais l’impression de ne faire que passer et de ne pas servir à grand chose dans leur apprentissage du français. J’avais forcément plus de liens avec les classes que je voyais une fois par semaine, mais pour les autres, je me sentais un peu inutile. 

Une fois cela accepté, il fallait quand même faire en sorte que les élèves gardent le meilleur souvenir possible de leur cours, mais c’est difficile de faire des choses très intéressantes quand on ne voit les élèves que 40mn tous les 15 jours; d‘où l’utilisation de jeux pour faciliter l’utilisation de l’oral.

J’ai beaucoup aimé travailler en Croatie car j’ai pu créer de belles relations avec mes collègues et mes élèves. Il y a forcément eu des journées plus dures que les autres, mais la majorité de mes journées de travail étaient très positives.

A quoi ressemble une journée type pour toi ?

Je n’avais pas vraiment de journée type, car mon emploi du temps se divisait en deux semaines. Les années sont donc passées très vite, car mon cycle s’étendait sur 2 semaines. Les journées étaient plus ou moins sportives, avec, parfois, très peu ou pas de temps pour manger, mais là aussi tout est une question d’organisation. Comme tu peux le voir, je n’avais parfois que le temps de faire le voyage d’une école à l’autre, mais d’autres journées étaient très libres. J’aimais bien le fait de ne pas avoir de routine, d’horaires fixes, cela pimente le quotidien et me permet d’arranger ma semaine comme je le veux.

Que pourrais-tu dire du public apprenant croate en général ? (Culture éducative, facilités, difficultés etc.)

Les petits croates sont sympas, même si comme dans tous les pays, il peut y avoir des petits cadors qui t’empêchent de travailler correctement. D’une classe à l’autre, même s’ils ont le même âge et le même niveau, on peut avoir des réactions très différentes aux activités. De plus, cela dépend beaucoup de leur enseignant dans les petites classes. Étant donné que chaque classe n’a qu’une seule enseignante référente de la 1ere à la 4e, le comportement des élèves varie de l’autorité de leur professeur et des routines mises en place.

Les difficultés types en français portaient sur les traductions littérales d’expressions croates, mais aussi sur la prononciation. N’ayant pas vraiment fait de grammaire avec eux, je n’ai pas eu l’occasion de me pencher sur les difficultés récurrentes à ce niveau. Mais comme partout, le niveau des classes varient en fonction de leur professeur de français et de ses exigences.

Que penses-tu de la vie à Zagreb ?

Il fait bon vivre à Zagreb. C’est une ville à taille humaine, avec des gens prêts à tout pour t’aider. Malgré une incompréhension des zagrebois sur la motivation des français à venir travailler dans leur pays (les questions “Pourquoi tu travailles ici ?” ou “Pourquoi as tu choisi la Croatie ? »  reviennent beaucoup), ils sont fiers de voir que leur pays peut attirer des expatriés.

C’est une ville qui a tous les avantages d’une capitale tout en restant très accessible. J’y ai trouvé un sentiment de sécurité et d’apaisement vraiment très agréable. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles j’y suis restée 3 ans.

Quels conseils tu donnerais à quelqu’un qui souhaiterait faire comme toi ?

Fonce, vas-y, il n’y a rien a perdre ! Rien ne vaut une expérience à l’étranger pour s’ouvrir l’esprit et voir d’autres façons de voir les choses. Et il ne faut pas passer à côté de l’expérience du café croate!

Plus sérieusement, même si le poste n’est pas idéal, l’accueil des croates vaut le sacrifice. Et une fois qu’on a pris le coup de l’organisation, rien n’est difficile.


Quelle est la prochaine étape pour toi ?

Pour l’instant, je vais rester un peu en France pour revoir ma famille et mes amis plus que juste pendant un été. Mais c’est un retour au bercail pour mieux en repartir. J’aimerais en effet trouver un poste en Amérique latine, pour un semestre ou plus, puis proposer des ateliers aux enseignants des instituts et alliances françaises afin de voyager sur le continent. A voir comment les choses se déroulent, mais je pense que j’irai dans le premier pays qui acceptera ma candidature!

Pour plus de témoignages, vous pouvez consulter la page dédiée aux enseignants dans le monde.

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