Peut-on oublier sa langue maternelle ?
Bonjour à tous et bienvenue sur Éducation Voyageuse et aujourd’hui on va parler des langues, du bilinguisme et éventuellement la possibilité d’oublier une langue maternelle.
Le bilinguisme soustractif et la perte de maîtrise de la langue maternelle
Je ne sais pas si vous vous souvenez de cette vidéo sur les différents types de bilinguisme, mais on a parlé de type de bilinguisme soustractif. C’était le cas de personnes qui avaient longtemps vécu dans un pays où elles parlaient leur deuxième langue et du coup ça avait eu des effets sur la maîtrise de la langue maternelle et il y avait des oublis, des syntaxes qui n’étaient pas bonnes, des mots qui manquaient, des expressions qui n’étaient plus valables.
Mais on ne s’est pas posé la question de savoir si on peut vraiment complètement oublier sa langue maternelle.
Une étude sur la possibilité d’oublier sa langue maternelle
C’est pourquoi je voulais vous parler d’une étude qui a été réalisée sur ce sujet et qui est vraiment, vraiment très intéressante et assez révolutionnaire. Donc je vais vous en parler.
C’est une étude qui cherche à savoir si on peut oublier sa langue maternelle, mais aussi si une langue, une deuxième langue peut remplacer notre langue même au niveau du cerveau, c’est-à-dire si on l’observe et qu’on observe les traces, est-ce qu’il est possible de ne plus observer de traces de l’acquisition de la langue maternelle.
La période critique et les traces de la langue maternelle dans le cerveau
Donc l’étude a été réalisée en partant du postulat qu’il y a une période critique pour acquérir une langue et qu’une langue maternelle, une fois acquise, elle doit laisser des traces à vie sur le cerveau.
Pour cette étude, les chercheurs ont pris un groupe test qui est un groupe d’adultes coréens qui sont donc nés en Corée du Sud, qui ont appris le coréen dans leur famille, mais qui entre 3 et 8 ans en fonction des personnes, ont été adoptés par des familles françaises et donc se sont mis à parler uniquement français et à ne plus jamais être exposés au coréen.
D’après l’hypothèse de cristallisation en langue, on devrait trouver chez ces personnes-là, même si elles disent qu’elles ne parlent plus le coréen, qu’elles ne comprennent plus, on devrait trouver des traces de l’acquisition du coréen.
Et si ce n’était pas le cas, eh bien ça voudrait dire que le cerveau est vraiment plastique et que donc une langue, deuxièmement apprise, une L2 peut remplacer les traces de la L1.
Les tests réalisés pour étudier l’oubli de la langue maternelle
Donc c’est la question que se sont posées les chercheurs. Qu’est-ce qu’on va observer en regardant ça ? Je vous explique les tests qu’ils ont fait faire.
Le premier test, c’était un test d’identification des langues. Donc ils ont exposé les coréens à plusieurs langues. Il y avait du coréen, du japonais, du polonais, du suédois et du wolof.
Et les participants devaient dire quelles langues étaient parlées lorsqu’ils écoutaient l’audio d’une des phrases en ces langues.
Donc pour cette étude, il y a le groupe de coréens qui réalise ces tests et le groupe témoin composé uniquement de français mots de langue qui ne parle que français, qui fait la même. Comme ça, on compare ensuite les résultats.
Donc ça, c’est le premier test d’identification des langues. En quelle langue est-ce qu’on parle lorsqu’on écoute cet audio ?
Le test de traduction français-coréen
La deuxième, c’est la traduction français-coréen. Donc là, c’était la reconnaissance des mots.
Il y a un mot en français, deux traductions possibles en coréen. Laquelle est la bonne ? Vous devez choisir. Donc ça, c’était les deux tests.
Les IRM pour observer l’activité cérébrale
Et ensuite, on a fait des IRM pour voir vraiment ce qui se passe dans le cerveau de ces personnes-là. Et donc, on a exposé ces personnes à différentes langues. Il y avait le français, le coréen, le japonais et le polonais.
Et on a regardé ce qui se passait dans leur cerveau lorsqu’ils étaient exposés, lorsqu’ils entendaient, lorsqu’ils écoutaient les différentes langues.
Les résultats : les adultes coréens adoptés en France
Et alors, tenez-vous bien pour les résultats. Qu’est-ce qu’on a remarqué ? Qu’est-ce qui s’est passé ? Eh bien, le groupe d’adultes coréens n’a pas fait mieux que le groupe témoin de français monolingue.
Ça veut dire, en gros, que même s’ils ont appris le coréen entre 3 et 8 ans, les adultes qui ont été adoptés en tant qu’enfants en France, par des familles françaises et qui n’ont plus été exposés au coréen, ne sont pas capables de mieux identifier le coréen, ne sont pas capables de mieux reconnaître les mots et les traduire et surtout, n’activent aucune zone spécifique lorsqu’ils entendent du coréen.
C’est comme si le coréen had disappeared from their lives, from their brains.
Mais en plus, ce qu’ont remarqué les chercheurs, c’est que les… par rapport aux français, ce groupe d’adultes coréens avait les mêmes résultats que les monolingues en français, notamment dans les IRM, lorsque on les faisait écouter du français, c’était les mêmes zones relatives à la langue maternelle qui s’activaient chez ces adultes coréens.
La plasticité cérébrale et l’oubli de la langue maternelle
Concrètement, qu’est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que l’hypothèse de cristallisation comme quoi une langue apprise pendant l’enfance, comme langue maternelle, doit laisser des traces à vie, eh bien là, elle est invalidée.
Ça veut aussi dire que le cerveau est très plastique et qu’on peut apprendre une deuxième langue avec des processus cérébraux qui ne sont pas forcément différents que ceux pour l’acquisition de la L1, de la langue maternelle.
Et ça veut aussi dire qu’un enfant mis en situation où il ne doit plus parler, où il ne peut plus parler, où il ne peut plus être exposé à sa langue maternelle et placé dans un autre contexte où il a une autre langue à apprendre, eh bien il peut oublier sa langue maternelle et la remplacer par une autre langue maternelle.
La période critique, la cristallisation des langues et la plasticité cérébrale
C’est une recherche qui fait avancer la réflexion sur toute cette recherche, toute la période critique, de la cristallisation des langues, de la plasticité cérébrale.
C’est assez impressionnant ce qu’est capable de faire le cerveau car là concrètement on est en train de dire que le cerveau s’adapte vraiment à l’environnement jusqu’à carrément en oublier certains éléments du passé.
Moi j’ai trouvé ça fascinant, je sais pas si vous avez des commentaires, des retours à faire, des expériences à partager, je serais ravie de vous lire. Je vous dis merci et à bientôt !
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