Quelle(s) langue(s) parler en classe de FLE ? Doit-on parler uniquement français ?
Bonjour et bienvenue sur Education Voyageuse. Alors aujourd’hui on va se poser la question quelle langue utiliser en classe de FLE ? Est-ce qu’on doit avoir recours uniquement au français ou est-ce qu’on peut utiliser la langue maternelle des apprenants voire une langue véhiculaire ? Par exemple si tout le monde parle anglais, est-ce qu’on peut utiliser l’anglais en classe ?
Pourquoi certains enseignants doivent-ils parler uniquement français ?
Alors j’ai eu l’idée de faire cette vidéo pour deux raisons. La première c’est que j’ai enseigné dans des institutions où on m’a demandé de ne parler qu’en français dans ma classe et ça m’a un peu interloqué donc je me suis demandé si c’était valide et si ça avait vraiment une preuve scientifique qu’il valait mieux faire ça ou pas.
La deuxième raison c’est que j’ai eu une réflexion ici sur cette chaîne que mon français était impur pour mes apprenants puisque j’ai des empreintes d’anglais. Et ça ne plaît pas tout le monde a priori. Je voulais pointer ça du doigt puisque ça montre une idée très arriérée du bilinguisme qui est un peu la même que celle qui demanderait à ne parler qu’en français en classe.
Les raisons pratiques de privilégier le français en classe de FLE
Donc je voulais faire un petit peu le point avec vous. Alors pourquoi est-ce qu’on demande aux enseignants parfois de ne parler qu’en français dans leur classe de français langue étrangère ? Parfois c’est pour des raisons praticopratiques. Il y a des endroits dans le monde, on appelle ça les contextes hétéroglottes, où on enseigne le français dans un pays qui ne parle pas français au quotidien, qui n’a pas de langue officielle ou de communautés francophones très étendues.
Et la classe de FLEUR représente donc dans ces cas là l’unique, parfois l’unique opportunité de parler français pour les apprenants. Donc on justifie le fait en se disant bon bah il parle le français qu’à ce moment là il faut que ce soit full in french.
Les limites d’un enseignement exclusivement en français
Alors à l’inverse c’est vrai que j’ai vu des enseignants qui n’utilisaient pas vraiment le français pour communiquer dans la classe.
Souvent c’est des non-natifs qui sont en insécurité linguistique et ils ont une approche plutôt scolaire de l’enseignement, pas la communication naturelle, l’utilisation naturelle de la langue. Et du coup c’est un peu un mauvais exemple pour utiliser la langue et ça c’est assez néfaste sur l’apprentissage d’une langue, on est d’accord. Ici on n’est pas du tout dans ce cas là.
On est dans le cas où le français est valorisé, est utilisé comme langue de communication dans la classe. On se demande juste si on peut avoir recours à certains moments pour des raisons très précises ou parce que ça semble naturel avoir recours à la langue maternelle ou à une langue véhiculaire comme l’anglais par exemple.
La méthode directe et l’interdiction du recours aux autres langues
Et certains vous diront que non, on ne veut absolument pas utiliser notre langue et ça, ça vient d’idées, de concepts un petit peu arriérés puisque ça remonte à la méthode directe.
Souvenez-vous je vous remets la vidéo sur les méthodes de l’enseignement du FLE. La méthode directe c’est 20e siècle et on prônait d’enseigner la langue cible en parlant qu’en cible à l’oral, ça date un petit peu quand même. Et ça en découle, c’est un petit peu lié.
La conception traditionnelle du bilinguisme
Il y a aussi la vision du bilinguisme qui est un peu arriéré aussi puisqu’à l’époque, il y a longtemps, on pensait qu’un monolingue c’était deux bilingues séparés. En fait on pensait qu’une personne qui était bilingue, elle pouvait totalement séparer ses langues et que les deux systèmes linguistiques étaient totalement indépendants et qu’on pouvait en éteindre un et en allumer l’autre.
Du coup on évitait le contact entre les langues, on veillait à bannir ce contact entre les langues pour éviter ce qu’on appelle les transferts négatifs d’une langue à l’autre, de mal transférer ou de transférer, de faire des calques qui sont faux d’une langue à l’autre, les faux amis et tout ça, les soutiens grammaticales qui ne se correspondent pas, pour cette raison là.
La multicompétence et le système linguistique du bilingue
Sauf que maintenant ça fait quand même un petit moment, ça doit faire une trentaine d’années qu’on sait que ce concept là du bilingue, il n’est plus valable, il est faux, il est erroné. Puisqu’en 92 avec le concept de multicompétence de Cook, on sait qu’une personne, les langues d’une personne sont en fait un système elles sont pas, donc c’est pas indépendant. Et c’est dans la même lignée ce que dit Grosjean depuis 93, c’est que un bilingue n’est pas la somme de deux monolingues, non non non.
Un bilingue c’est une personne qui a vraiment sa propre compétence linguistique et en fait avec ses langues il crée un système, un ensemble, un tout qui lie ses langues entre elles et qui du coup ne sont pas décomposables, un bilingue ne peut pas décomposer ses deux langues. C’est pas séparé en fait, tout est lié.
L’influence positive des langues entre elles
Et d’ailleurs en 2002 on a Erdina et Jessner qui mettent en évidence grâce à leur modèle dynamique du multilinguisme l’impact positif de l’influence cross-linguistique.
En gros le contact entre les langues des apprenants favorise une compétence, l’émergence d’une compétence linguistique, c’est à dire que ça favorise le fait de pouvoir utiliser de façon appropriée et efficace toutes ces langues.
C’est aussi, ils arrivent à montrer aussi que ça permet un transfert positif d’une compétence d’une langue à l’autre. Par exemple de transférer une structure grammaticale, d’utiliser des mots de vocabulaire communs, voilà, qu’il y a une réflexion métalinguistique aussi qui peut être très intéressante pour apprendre une langue en s’appuyant sur les langues précédemment connues.
Le plurilinguisme et les recommandations du Conseil de l’Europe
Et ça a aussi un effet positif sur la motivation, c’est à quel point c’est frustrant quand on est dans une classe de langue et qu’on ne pipe pas rien. Donc voilà, donc ils prouvent tout ça.
On a aussi le Conseil de l’Europe qui a mis énormément, qui a fait énormément d’efforts pour prôner et valoriser le plurilinguisme pour des raisons tout à fait évidentes, c’est que beaucoup de chercheurs se sont intéressés au plurilinguisme, on a compris l’intérêt du plurilinguisme autant du côté linguistique que culturel et tout ça.
Et on a d’ailleurs le CECRL qui reconnaît la diversité linguistique et culturelle comme un trésor, donc on a vraiment cette valorisation. On valorise les langues précédemment connues et les langues maternelles notamment des apprenants. On prône une approche plurilingue et il est même noté dans le CECRL, je vous lis la petite citation, le but est de développer un répertoire langagier dans lequel toutes les capacités linguistiques trouvent leur place.
L’alternance codique et les bénéfices de l’utilisation de plusieurs langues
Donc on n’est vraiment plus dans l’idée qu’il faut maîtriser une langue comme le locuteur matif. Donc aussi il y a des études scientifiques sur le sujet, je vous en mets trois dans la description et l’autre en gros, pour faire un résumé, elle montre que l’alternance codique, donc le fait de parler dans une langue en utilisant d’autres langues, soit des mots, des structures grammaticales, donc par exemple moi ce que je fais, if I speak English and then I go back to français, c’est assez naturel et assez bénéfique.
On en a parlé, il y a aussi le fait que quand on utilise par exemple l’anglais dans une langue de français langue étrangère, c’est justifié justement par la proxémie entre les deux langues, par les affinités typologiques et lexicales entre les deux langues.
Dans quelles situations utiliser la langue maternelle ou une langue véhiculaire ?
Donc il y a un choix intéressant aussi de la langue véhiculaire pour pouvoir expliquer ou je ne sais quoi, d’ailleurs il y a une des études qui explique les raisons majeures de pourquoi on a recours à la langue maternelle ou à la langue véhiculaire et en général c’est pour expliquer un point grammatical, pour résoudre un problème, pour créer du lien avec ses apprenants, parler d’autres sujets, par exemple quand on rentre de vacances, si nos apprenants n’ont pas le niveau pour s’exprimer en langue cible, c’est dur de créer du lien pour résoudre des conflits aussi, c’est le problème.
Donc voilà pour ce qui est de la recherche, pour ce qui est des travaux qui ont été faits par le conseil de l’Europe, de voir un petit peu les concepts qui sont erronés et qui persistent malheureusement et maintenant en tant que prof, je voulais aussi vous donner mon retour puisque donc moi on m’a demandé de ne parler qu’en français et j’ai trouvé ça très dur.
Enseigner le vocabulaire sans recourir à une autre langue
Par exemple pour enseigner du vocabulaire à des apprenants sans avoir recours à une langue véhiculaire ou à la langue maternelle, c’est compliqué, on peut faire des dessins, on peut faire des paraphrases, des définitions mais en fonction des niveaux ça peut être compliqué, on peut passer à côté des subtilités, on peut avoir un concept qui est plutôt flou pour l’apprenant puisqu’il a peut-être, pour les concepts assez abstraits, il va peut-être avoir une idée de quoi on parle mais il n’a pas la subtilité du terme.
La traduction : un gain de temps dans l’apprentissage
Et puis surtout est-ce que c’est vraiment efficace parce qu’en fait vous allez passer un quart d’heure peut-être à dessiner ou à expliquer ou à paraphraser ou à définir quelque chose et en fait lui en 30 secondes il va dire ah bah c’est ça quoi.
Par exemple, ah yeah that’s a house, je sais pas, that’s to think. Et lui il traduit donc est-ce que ça a vraiment un intérêt de ne pas traduire alors que lui traduit directement.
Communiquer avec les apprenants de niveau débutant
Point d’interrogation. La deuxième chose c’est comment est-ce qu’on peut communiquer avec nos apprenants surtout pour ce qui est des petits niveaux, sans parler une langue qu’ils maîtrisent.
La classe de langue ça devient vite un spectacle de mimes, on fait comme ça, comme ça, comme ça, on crée pas forcément de lien avec eux.
On n’a pas cette relation du coup enseignant-apprenant, cette relation humaine aussi qui est intéressante dans la classe de langue et du coup on a des apprenants qui peuvent être aussi frustrés, démotivés, ça devient compliqué alors que ça pourrait être tout simple.
Donc ça je trouve que c’est des obstacles vraiment très forts et qui font que c’est pas forcément intéressant de parler que français pendant le cours de FLE.
Le professeur comme modèle d’apprentissage d’une langue étrangère
Il y a aussi le fait que je trouve qu’un prof qui parle une langue dont il n’est pas locuteur natif, en tant que prof dans sa classe de FLE, il montre le bon exemple.
Parce qu’en fait il va se mettre lui en insécurité linguistique, il va lui faire des erreurs et en fait par ça il va dire, il va montrer l’exemple à ses apprenants, il va leur dire bah vous voyez moi je parle une langue qui n’est pas ma langue maternelle, je fais des erreurs et ben c’est normal, c’est ok, vous aussi vous pouvez faire pareil.
Si moi j’arrive à assumer cette position, vous aussi, cette posture, vous aussi vous pouvez faire de même. Vous pouvez apprendre, parler une langue qui n’est pas la vôtre de base et faire des erreurs et c’est normal puisque c’est le processus d’apprentissage, on vient banaliser l’erreur aussi.
Faire des liens entre les langues pour faciliter l’apprentissage
Donc au contraire je trouve moi que c’est une bonne chose d’avoir recours à ces langues, à ces autres langues dans la classe.
Il y a aussi le fait que c’est un petit peu hypocrite de bannir totalement les langues que connaissent vos apprenants puisque eux ils vont forcément faire des ponts entre leurs langues.
Moi on va pas se mentir j’ai appris le portugais en faisant des liens avec l’espagnol que je parlais, j’ai fait vraiment des ponts, j’ai inventé mes propres règles et ça va beaucoup plus vite et on le fait automatiquement.
Pourquoi interdire les autres langues n’est pas cohérent
Donc c’est hypocrite de dire non ça c’est le français, ça c’est l’anglais, ça c’est l’espagnol et tout est indépendant, c’est pas vrai et c’est pas comme ça que ça se passe dans la tête d’un apprenant.
Donc ouais c’est pas forcément le plus cohérent selon moi. Puis il y a aussi, ça c’est le notions qui nous le disent, on retient ce qui fait du sens pour nous.
Donner du sens aux mots grâce aux associations entre les langues
Donc ça c’est pour ça qu’il y a les moyens, les mots techniques pour apprendre des choses qui ne font pas sens au début, on les découpe de manière à ce qu’elles fassent du sens pour pouvoir les retenir et on fait ça aussi avec nos langues.
C’est vrai que par exemple moi je me souviens du coréen où c’est vraiment très différent les mots de vocabulaire entre les langues que je connais. En fait je me souviens d’un mot que je me souviendrai tout le temps, je ne sais pas exactement comment il se prononce mais c’est quelque chose qui ressemble à boda et la boda en espagnol c’est le mariage et ça veut dire au revoir en coréen.
Les langues étrangères comme ressource pour apprendre
Donc je m’étais fait tout un film autour de ça. Voilà donc concrètement pour moi utiliser les langues étrangères c’est naturel voilà et c’est un gain de temps.
Moi j’ai appris, enfin les déclinaisons en russe bah j’ai gagné du temps parce que j’ai fait du latin dans ma vie.
Le portugais j’ai gagné du temps parce que l’espagnol m’a aidé. Voilà c’est naturel, c’est quelque chose que selon moi le conseil de l’Europe, le CCRL, les chercheurs en bilingüisme, il faut valoriser et pourtant on a des concepts qui sont assez arriérés, qui perdurent mais on garde en tête que bien entendu dans une classe de langue on parle majoritairement la langue cible, on la valorise, on donne des opportunités pour communiquer dans cette langue.
Il n’est pas question de la rendre minoritaire en temps dans la classe, c’est pas du tout ce dont on parle.
Conclusion : valoriser le plurilinguisme en classe de FLE
Voilà donc j’espère que cette vidéo vous a aidé. Dites moi vous si vous ne parlez qu’uniquement français dans vos classes ou si vous utilisez d’autres langues ou si même vous demandez à vos apprenants, il y a de plus en plus de manuels qui font ça, qui dans une approche plurilingue d’ailleurs, qui invitent les apprenants à une réflexion métalanguistique, à une réflexion de la langue cible par rapport à leur langue.
Comment ça se dit dans leur langue, comment fonctionne leur langue par rapport à la langue qu’ils apprennent. Si vous avez déjà testé ça, je serai ravie de vous lire. Je vous dis merci et à bientôt
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