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Comment enseigner la grammaire en cours de français langue étrangère ?

Bonjour, bienvenue sur Education Voyageuse, moi c’est Justine et aujourd’hui on va voir comment enseigner la grammaire en classe de français langue étrangère.

Alors aujourd’hui, on parle de grammaire en classe de FLE, cette vidéo fait partie de la playlist dédiée à la grammaire en classe de français langue étrangère et je voulais qu’on s’attarde sur comment, pourquoi enseigner la grammaire en français langue étrangère.

Pourquoi enseigner la grammaire en français langue étrangère ?

Alors, à mon avis et selon les chercheurs, on ne peut pas vraiment enseigner le français langue étrangère sans grammaire parce que les apprenants, ils n’arriveront jamais à se faire comprendre s’ils ne respectent pas une certaine norme de la langue française.

Mais quand on dit grammaire, on ne parle pas forcément de la leçon qu’on a dans notre voici la règle dans un français très compliqué, vous l’appliquez, vous faites les exercices et on n’en reparle plus jamais, surtout pas en situation.

Non, la grammaire, quand dans la classe il y a des énoncés qui sont produits, échangés et qu’on va se poser des questions sur est-ce que c’est correct, est-ce que c’est approprié dans cette situation, eh bien on fait déjà de la grammaire et ça c’est indispensable dans la classe de langue étrangère.

Les différences entre locuteurs natifs et non-natifs

Alors en tant que natif de la langue française, on a, dès le plus jeune âge, voire même avant été exposé à la langue française et donc depuis tout ce temps, notre cerveau il fait des statistiques sur ce qui est correct et pas correct au niveau de la grammaire, au niveau de la syntaxe des phrases, des énoncés.

Les non-natifs, ils n’ont pas ça puisque ben ils viennent juste d’être exposés à la langue. Parfois ils sont pas dans un milieu où la langue française est parlée, donc ils sont peu exposés à la langue, donc c’est beaucoup plus compliqué de faire ça et d’arriver à ce que nous on sait faire.

Développer une intuition linguistique grâce à l’apprentissage formel

Donc il faut passer par un enseignement, un apprentissage formel de la langue, de ses règles grammaticales pour progressivement amener les apprenants à se doter de ce qu’on appelle une intuition linguistique qui va leur permettre de se dire ben ça, ça paraît correct, ça, ça me paraît incorrect, ça, ça me paraît approprié à ce moment-là et ça, ça ne l’est pas.

Alors, il n’existe pas de grammaire universelle. Ça serait beaucoup plus facile de se dire bon ben la grammaire absolue c’est celle-ci, on l’applique et voici.

Les différentes grammaires et leurs catégorisations

Non, ça ne se passe pas comme ça. Vous avez différentes grammaires qui existent en fonction du champ, par exemple que ce soit les descriptions des sciences des langages, que ce soit la grammaire telle que celle qu’on utilise pour le français langue maternelle, la grammaire utilisée pour le français langue étrangère, la grammaire didactisée dans les manuels de FLE, tout ça, ça nous fait des grammaires différentes.

Il y a aussi des différentes manières de catégoriser une langue, ça peut être par exemple, pour vous inciter des connus, selon les fonctions, sujet, verbe, complément, ça peut être selon la nature, groupe verbal, groupe nominal et tout ça, ça nous fait une multitude possible de grammaire.

La progression grammaticale et la perspective actionnelle

La seule chose, entre guillemets, qu’il faut se dire, c’est qu’il faut faire attention à la forme, ce qui est correct, ce qui est de l’ordre de la norme et la situation, ce qui est adapté en situation, ce qui se dit à ce moment-là ou pas.

Au niveau de la progression, on a pour habitude de se dire qu’on va du plus simple au plus compliqué, ça change un peu avec la perspective actionnelle, en tout cas, ce qu’il faut garder en tête lorsqu’on fait une progression, lorsqu’on crée son programme et qu’on regarde la progression grammaticale, c’est qu’il faut que ça soit cohérent, il faut que ce qu’on voit puisse faire appel à ce qui est vu avant, qu’on fasse des références, des itérations et surtout qu’on ne fasse pas de grands sauts qui soient trop compliqués à assimiler pour le cours.

Maintenant, avec la perspective actionnelle, ça devient un petit peu plus difficile d’anticiper les objectifs linguistiques puisque, en fait, la grammaire est au service de la réalisation de la tâche, de la réalisation de l’action.

La grammaire au service de la réalisation des tâches

En fait, c’est en fonction de la tâche que l’apprenant a à réaliser qu’on va utiliser, qu’il va avoir recours à certains éléments grammaticaux. Et donc, l’enseignant devient la personne ressource pour lui fournir tout ce matériel grammatical.

Donc, en fait, on peut essayer d’anticiper dans nos programmes les éléments grammaticaux qui vont être mobilisés et qu’on va devoir expliciter.

Mais il faut aussi se dire qu’en fait, il va y avoir des éléments qui vont venir au compte goutte et qu’on va avoir besoin d’expliciter certains points par rapport à ce que saisissent ou pas les apprenants.

Les cinq points clés pour enseigner la grammaire en FLE

C’est la grande question et pour y répondre, je vais vous donner cinq conseils ou cinq points clés sur lesquels s’attarder. Le premier point, c’est de choisir sa grammaire.

Premier conseil : choisir une grammaire de référence

OK, on a tous eu des cours à un moment de grammaire dans notre cursus si on a été scolarisé en France, mais c’est peut-être un petit peu loin, un petit peu flou.

Donc, la première chose à se dire, et puis surtout, c’est pas comme ça qu’on fait pas du français langue maternelle, donc on peut pas le recracher comme ça sans discours de vulgarisation à nos apprenants, ce serait un peu trop compliqué.

Mais d’abord, pour être au clair avec soi-même, c’est de choisir une grammaire sur laquelle on va se baser pour expliquer, pour avoir, pour utiliser le métalangage, pour avoir recours à une explication grammaticale et pour que ce soit bien clair dans nos têtes.

Utiliser la grammaire progressive du français

Moi, ce que j’utilise, c’est la grammaire progressive du français. Si vous ouvrez, vous avez la catégorisation, la règle et les exercices. Le problème des exercices, c’est qu’ils ne sont pas forcément contextualisés de la même façon que votre cours.

Et donc, je n’utilise que très rarement les exercices puisque je trouve qu’ils ne vont pas dans mes situations, donc je les refais, voire même, je les fais complètement au pied levé.

Voilà, donc ça, ça me permet d’avoir ma base, de comprendre déjà pourquoi ça est différent de ça, pourquoi est-ce qu’on dit dont et pourquoi est-ce qu’on dit pas que, de me mettre au clair avec moi-même et d’avoir un moyen de l’expliquer, qu’il soit assez clair et assez facile.

Deuxième conseil : s’adapter à son public

Maintenant, partant de ça, le second point clé, c’est de s’adapter à son public.

Il y a des publics qui vont être très familiers avec la grammaire, c’est-à-dire qu’ils ont eu des cours de grammaire pour leur langue 1, ils ont pris des cours de langue étrangère, oui, ils avaient de la grammaire, donc eux, ils l’attendent en plus, ils veulent de la grammaire explicite et des règles de grammaire.

Donc là, vous allez devoir faire beaucoup d’explicitations de grammaire.

Par contre, vous avez des publics, soit parce que c’est du très jeune âge et dans ce cas-là, on ne va pas du tout avoir d’explicitation de règles, on va plutôt faire de l’implicite, des jeux, des exercices, ou alors vous allez avoir des publics.

Adapter les explications grammaticales aux apprenants

Par exemple, c’est le cas avec certains anglophones, beaucoup d’anglophones, en fait, qui, eux, n’ont pas eu de cours de grammaire dans leur langue 1 et du coup, n’ont pas du tout tout le métalinguage ou même toute cette réflexion métalinguistique que nous, on peut avoir parce qu’on a déjà eu des cours de grammaire.

Et là, il va falloir faire un discours d’extravulgarisation, il va falloir beaucoup reformuler, il va falloir faire en sorte que ce soit facile de s’approprier toutes ces règles dans les cours par rapport à la grammaire.

Donc ça, c’est le deuxième point qui est assez important, en fait, c’est que, de toute façon, c’est le rôle de l’enseignant, vous avez beau prendre tout ce qu’on vous dit, il faudra quand même toujours l’adapter à votre public, à ses besoins immédiats et à son background, sa culture, son background, ses autres langues, voire même.

Troisième conseil : être permissif et correctif à la fois

Alors, être permissif et correctif en même temps, c’est pas très simple, mais c’est le point numéro 3.

En gros, c’est de se dire qu’on va accepter toutes les variations, enfin, différentes variations linguistiques, mais qu’il faudra quand même respecter la norme, c’est-à-dire de se dire, de pas être trop prescriptif en se disant, voilà, la règle c’est ça, on dit que ça et peu importe le reste, je veux pas en entendre parler, tu respectes la règle de grammaire, typiquement sur la négation.

En français, je ne suis pas ta dame, je ne suis pas grande, ta dame, c’est la façon correcte. Mais on va accepter les variations linguistiques dans le langage familier, on dira je suis pas grande.

Et bah, à quel moment est-ce qu’on l’accepte, comment est-ce qu’on l’accepte, voilà, expliciter tout ça et ne pas respecter que la norme, respecter aussi les variations linguistiques.

Quatrième conseil : prendre conscience de sa subjectivité grammaticale

Et le point 4 va avec ça, qui suit, en fait, et ça, je trouve que ça a été assez difficile pour beaucoup de profs avec qui j’ai parlé, c’est être conscient de sa subjectivité par rapport à la grammaire notamment et à ce qu’il dit.

Je vais vous faire un exemple, en fait, se dire que tout est question de point de vue, toute notre intuition linguistique, ce qui se dit, ce qui ne se dit pas, elle est subjective, en fait.

Exemple, je faisais l’heure avec mes étudiantes en Australie, je me battais contre elles parce que pour elles, c’était, c’est, elles, en fait, elles n’arrivaient pas à comprendre pourquoi on dit il est quelle heure et pas c’est quelle heure.

Exemple : les variations régionales dans l’usage de la langue

Donc, je me battais avec elles à chaque fois pour qu’elles disent bien il est quelle heure. Et je ne me souviens plus dans quel contexte, mais en gros, je sors avec une copine qui était aussi assistante de français en Australie et elle, elle est de Lyon et elle me dit, un moment, elle me regarde, elle me dit c’est quelle heure ?

Je dis attends, tu viens de dire quoi là ? Et elle me disait qu’elle, en tout cas à Lyon, elle, elle ne me disait pas forcément il est quelle heure, pour eux, c’était aussi correct de dire c’est quelle heure.

Donc ça, moi, ça m’a vraiment confrontée à ma subjectivité où je me suis dit ah oui.

Accepter la diversité des usages linguistiques

En fait, tout ce qui pour moi est du oui non, ça ne l’est pas forcément si tranché. Donc, c’est cette idée de garder en tête que pour nous, c’est comme ça, mais qu’on ne sait pas si c’est comme ça pour tout le monde.

Donc, c’est le métier d’enseignant, c’est-à-dire qu’on vulgarise ce qui est de l’ordre, du normatif, de la norme.

On conseille, on met des règles en fonction de notre subjectivité à nous, ce qu’on pense, puisqu’on est médiateur de la culture et de la langue française, ce qu’on pense être vrai, mais on reste quand même assez ouvert et pas trop tranché, tout en étant correctif, tout en disant ça, c’est quand même pas approprié, tout en gardant.

On n’est pas obligé de le dire, mais en gardant en tête selon moi. Là, je vais vous faire un autre exemple qui n’est pas de la grammaire, mais qui est de la phonétique.

Exemple : les différences de prononciation selon les régions

Moi, je me souviens avoir repris un groupe d’une collègue, puisqu’on se passait des groupes, et d’arriver de dire une phrase comme et c’était l’époque où je buvais du lait. Et en fait, de voir mes étudiants choqués.

Ah, mais tu ne fais pas la différence entre le A, I, le E, au niveau de la prononciation, je n’ouvre pas les E.

Nous, on ne dit pas le lait chez nous, j’habite, je viens du sud-ouest, on ne dit pas, on n’ouvre pas nos E. Tandis que les Parisiens, c’est ce qu’ils font, elles, elles étaient parisiennes et du coup, elles avaient beaucoup insisté dans la prononciation pour ces apprenants et ce qu’ils fassent la différence, ce qui n’avait aucun sens pour la région dans laquelle je viens.

Et du coup, ils étaient perplexes et moi, ça m’a aussi confronté au fait que rien n’est uniforme et que beaucoup de choses dépendent aussi de qui enseigne la langue.

Cinquième conseil : accepter l’erreur dans l’apprentissage

Le dernier point, ça va être d’accepter l’erreur dans le sens où se dire, on corrige, on accepte plusieurs choses en fonction de, on n’est pas trop strict au niveau de la langue, on accepte le parler, on accepte si c’est correct en contexte, mais on n’accepte pas si c’est faux.

Mais de quand même pas être punitif et pas trop stigmatiser l’erreur parce que l’erreur, c’est quand même la démonstration qu’il se passe quelque chose dans la tête de notre apprenant.

Comprendre l’erreur comme une étape de l’acquisition

En fait, c’est quand un étudiant fait une erreur, il nous met en évidence, il met en évidence le fait qu’il y a une étape intermédiaire dans l’acquisition de la règle qui est en train de se créer, dans sa stratégie, en fait, il met en évidence sa stratégie.

Et là, en l’occurrence, elle n’est pas totalement correcte, mais on voit qu’il y a un cheminement qui est en train de se faire. Donc, c’est quand même quelque chose de positif.

Donc, ne pas le stigmatiser, corriger quand c’est vraiment pas bon, mais ne pas le stigmatiser.

Développer des stratégies et faire des transferts entre les langues

Et puis, ce qui va avec, c’est aussi d’essayer de développer des stratégies, d’aider les apprenants à développer des stratégies, c’est-à-dire de les amener à utiliser leur langue première.

Par exemple, si vous connaissez la langue première des apprenants, à faire des ponts, à faire des transferts, on appelle ça, entre la langue première, mais aussi entre leurs autres langues, à venir les inviter à faire ça.

C’est ce que font beaucoup de profs quand ils disent voici les fautes probables d’un hispanophone. Voilà.

Conclusion : les points clés pour enseigner la grammaire en FLE

Donc, c’était tout ce que je pouvais dire dans cette vidéo sur comment enseigner le français langue étrangère. J’espère que ça vous aidera. Si vous avez des retours d’expérience, n’hésitez pas à les mettre en commentaire. Moi, je vous dis merci et à bientôt !

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